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Tu ne m'écoutes jamais!

Nous sommes assis depuis déjà 2h dans ce train qui nous emmène vers le Nord. 

Devant nous, un jeune garçon et sa maman sont assis côté à côte, assez silencieux. Lui est absorbé par sa console de jeux, elle regarde par la fenêtre. 

Il interrompt son jeu et demande à sa maman d'aller s'acheter quelque chose à grignoter. Elle lui donne des sous et lui dit "prends moi une bouteille d'eau aussi s'il te plait". 

Il lui répond "oui d'accord" et s'en va. 

Un certain temps se passe, bien plus long que le temps d'un aller-retour au wagon restaurant...

La maman guète son fils, elle ne peut s'empêcher de dire à voix haute : "c'est toujours pareil... il met des heures pour tout et au final en oubli la moitié! Il n'écoute rien! Se fiche de tout! Tient! Regardez le revenir avec son paquet de chips ! je le savais! Il a oublié la bouteille d'eau!" 

Un voyageur compatissant intervient : "pffff je vous comprends! Ils sont fatigants à cet âge! Ils ne pensent qu'à eux! Surtout les garçons! On se plie en quatre pour eux et on a jamais rien en retour! Pas qu'on attende quelque chose hein... mais quand même!"

Le jeune garçon revient, il croque dans ses chips avec un plaisir tellement visible que je ne peux m'empêcher de sourire. 

Soudain l'enfant se fige. Il a croisé le regard de sa maman visiblement en colère et visiblement à son encontre... mais il ne comprend pas pourquoi. Il regarde autour de lui... rien... puis soudain, comme un éclair ça lui revient! La bouteille d'eau!! Il a complètement oublié la bouteille d'eau! Au même moment ça maman l'interpelle : 

"ha ça, tu ne les as pas oublié tes chips!! Par contre, je te demande une seule petite chose et ça rien à faire! tu ne fais aucun effort! Une bouteille d'eau!! C'est quand même pas la fin du monde! Tu as mis 30 minutes pour faire 20 mètres et acheter un paquet de chips! En 20 mètres tu n'es même pas fichu de te souvenir deux 2 choses! Tu pourrais faire attention! Tu le fais exprès c'est pas possible!" 

L'enfant s'assied, le plaisir a déserté son visage, il se sent triste, inefficace. Lui qui aime voir sa maman heureuse et souriante, a l'impression de la décevoir tous les jours, tout le temps, de la rendre triste... et pourtant, il écoute, il fait des efforts, il répète même les consignes en boucles pour se souvenir de tout mais à un moment... et bien à un moment... les informations s'envolent... contre sa volonté. 

La maman est partie acheter sa bouteille d'eau. Quand elle revient, elle s'assied à côté de son fils qui est de nouveau plongé dans son jeu vidéo. Ils ne se parlent pas. Ils ont l'air tellement triste de ne pas se comprendre...

 

Que s'est-il passé? Qu'aurions-nous vu si nous avions suivi le jeune voyageur? 

A peine levé de son siège il murmure sa liste de course. Il la répète en sortant du wagon, il la répète en traversant le second wagon, il la chantonne en entrant dans le wagon restaurant et là... un tout-petit fait tomber un ballon, la chanson s'arrête. Le jeune voyageur ramasse la balle du tout-petit et ils se mettent à jouer ensemble, le tout-petit s'amuse, rit, relance le jeu dès que le plus âgé fait mine de partir. Puis le tout-petit, entrainé par sa maman, part avec sa balle. Le jeune voyageur regarde autour de lui, perçoit le bar, les présentoirs, la machine à café. Les chips sur le présentoir lui font vraiment envie, il en achète un paquet, l'ouvre, prend aussitôt une chips et la croque. Il aime entendre le "crac" que fait la chips en s'émiettant dans sa bouche. Il recommence, debout dans ce wagon, puis encore une fois, puis une autre, puis un passager qui voyage non loin de lui l'interpelle en lui disant que sa maman le guette depuis un bon moment déjà et qu'il pourrait aller finir son paquet de chips à sa place.

Le jeune voyageur lève les yeux, sourit, remercie et part en direction de son siège. Heureux de manger son goûter, heureux d'aller s'assoir à côté de sa maman. Quand il arrive près de son siège, il voit sa maman qui le dévisage avec un air furieux. Il ne comprend pas pourquoi. Il est tellement perturbé de la voir en colère qu'il l'entend à peine parler. Il perçoit dans ses reproches les mots "bouteille d'eau". Il se rend alors compte de son oubli, il reçoit la colère de sa maman et n'essaye même pas de lui dire qu'il n'a pas "fait exprès". Elle semble ne plus le croire et pourtant c'est tellement vrai! Il s'assied, se sent minuscule à l'intérieur, en colère contre lui-même, "bon à rien". Il retient ses larmes, allume sa console de jeu pour cacher sa peine. Sa maman revient à ses côtés. 

 

Que s'est-il passé? Que voyons nous lorsqu'on se place en dehors des jugements et que l'on tente de rassembler les observations?

Nous avons vu un garçon qui part acheter quelque chose à grignoter pour lui et qui doit également acheter une bouteille d'eau pour sa maman. Puis nous voyons le même garçon revenir avec de quoi grignoter et sans la bouteille d'eau. 

Entre temps, nous avons entendu la maman se plaindre de l'attitude de son fils et évoquer la fréquence des oublis. 

Et enfin nous avons vu un enfant arrêter de sourire, s'assoir en silence, prendre sa console de jeu et commencer à jouer, les yeux brillants de larme. 

Les brèves informations que nous avons entendu, la scène que nous avons vu et ce qui s'est passé pour le jeune voyageur lorsqu'il est parti acheter ses provisions (merci l'omniscience!) nous permettent de faire l'hypothèse d'un déficit de l'attention chez ce jeune garçon. 

Mais sa maman ne le sait pas. Sa maman pense qu'il est immature, irresponsable, égoïste, qu'il se moque bien de ce que les autres lui demandent. Les amis de la maman pensent que c'est un problème d'éducation, que l'enfant ne reçoit pas assez de limites, d'autres pensent qu'il a des troubles affectifs, qu'il cherche l'attention des adultes en les mettant en colère, d'autre encore le qualifie de rêveur... 

 

C'est bien beau mais quoi faire? 

1/Objectiver le déficit

2/ S'informer

3/ Recréer du lien, de l'amour et de la confiance

4/ Mettre en place des palliatifs à ce déficit

 

Soyons clair, tout ne se réglera pas d'un coup de baguette magique! Tout le monde va devoir se mettre au travail, changer ses habitudes, se renseigner, créer des outils les plus appropriés.

 

Dans un premier temps, objectiver le déficit de l'attention est incontournable pour adapter ensuite le quotidien. Pour se faire, les neuropsychologues ont à leur disposition pleins de merveilleux outils sensibles, validés et normés qu'ils pourront proposer pendant quelques heures, le temps de l'évaluation. Les résultats permettront d'objectiver le problème, de délimiter ce qui pose le plus soucis et de mettre en évidence ce qui fonctionne bien. Comme les neuropsychologues sont en général des gens sympas et consciencieux, ils transmettrons des préconisations en lien avec ce que le bilan a mis en évidence. 

 

Maintenant que le doute s'est insinué dans l'esprit de chacun ("peut-être qu'il ne le fait pas exprès... enfin pas à chaque fois..."), il est temps de s'informer sur le sujet. Internet est une mine d'informations sur les déficits de l'attention sans hyperactivité. Ce manque d'attention peut être multifactoriel, d'origine organique ou psychologique. Relayons ici la conclusions de l'étude de Jean-Pierre Vaillantcourt afin d'ouvrir le débat, puis nous passerons à la suite : "Cet article aura donc mis en lumière, à partir de l’analyse de deux études rétrospectives, qu’il est actuellement bien complexe de soutenir scientifiquement l’affirmation voulant que le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité représente réellement un trouble d’ordre neurologique. (...) L’on continue à promouvoir l’idée voulant que la science aura permis de faire la démonstration que le TDAH peut être actuellement classé parmi les troubles neurologiques, et ce, au même titre que les maladies d'Alzheimer et de Parkinson. Comme présenté précédemment, lorsque cette affirmation est confrontée à ses lacunes méthodologiques, cela soulève plusieurs questionnements sur lesquels le psychologue et les autres professionnels de la santé mentale doivent réfléchir et porter leur attention afin d'éviter la propagation d'affirmations qui ne sont actuellement qu'au stade d'hypothèses."

 

Chacun est allé glaner quelques informations et voit maintenant les oublis, les loupés et les t-shirt à l'envers d'une autre façon. Et surtout, les yeux qui voient les oublis, les loupés et les t-shirt à l'envers restent pleins de tendresse pour cet être qui se débat avec des stratégies parfois bancales pour parvenir à ses buts et satisfaire tout le monde. Par exemple, souvenez-vous de la dernière sortie au ski, il était tellement heureux d'avoir pensé à prendre vos lunettes de soleil oubliées sur la table et de les brandir fièrement en criant "maman!! tu les avais oublié et moi j'y ai pensé!" Alors bien sûr qu'il a oublié le sac de pique-nique que vous lui aviez demandé d'aller chercher... mais au moins vous avez vos lunettes... Ça vaut bien une crêpe en terrasse non? 

 

Que faire pour que le quotidien reste vivable : 

Ecrire les tâches à réaliser et placer le papier dans un endroit évident pour la personne à qui il s'adresse. Si je fixe le papier en question sur la porte du frigo, je n'ai aucune chance que mon fils le voit. Par contre si je le scotche sur l'écran de l'ordinateur... là.... il devra au moins l'enlever avant de jouer... Vous voyez le principe?

 

Se déplacer pour parler. Rien ne sert de crier depuis le salon : "apporte moi ton linge sale et ton cartable! N'oublie pas le taille crayon sur l'étagère et tant que t'y es apporte moi le livre de ta soeur que je dois recoller."

Là si vous avez de la chance : 1/ il vous a entendu, et 2/ il vous apporte un taille crayon qui n'est pas celui que vous avez demandé mais c'est un taille crayon.

Alors oui se déplacer, ou lui demander de venir. Enfin, être en vis à vis et demander une chose après l'autre. C'est vrai que ça peut paraitre contraignant mais ça sera finalement un gain de temps, d'énergie et une diminution des temps. Plus tard, on pourra également vous accompagner à travailler le choix du vocabulaire en transformant le "n'oublie pas" en "pense à ". Mais ça sera pour plus tard.

 

Certaines familles ont mis en place des tableaux sur lequel il y est inscrit ce que l'enfant doit faire dans la journée (ça fonctionne en fait quelque soit l'âge à partir du moment où la personne sait lire. Avant, on peut utiliser des pictogrammes). Le tableau doit être à la hauteur de la personne à qui il s'adresse pour qu'il puisse barrer ou effacer la tâche une fois qu'elle est réalisée. 

Nous pouvons vous apporter des conseils sur la façon de remplir le tableau pour que ce soit le plus efficace possible, comme par exemple : pas d'informations "parasites", des phrases courtes etc.

Glisser quelques informations sympas entre deux corvées : tablette de chocolat cachée dans la salle de bains, ballon regonflé dans le garage ou billets achetés pour le spectacle... histoire d'alléger un peu le tableau et de maintenir une stimulation pour aller le consulter. 

Si chacun membre de la famille a un tableau des activités à réaliser, cela permet à l'enfant de pouvoir proposer certaines choses à ses parents ou la fratrie. 

 

Enfin voilà tout ce que l'on aurait aimé dire à cette maman si triste et inquiète de voir son enfant oublier tant de chose. 

 

Le train est maintenant à quai. L'éternelle phrase raisonne encore à nos oreilles : "veillez à ne rien oublier"... ils sont rigolos ceux-là... comme si c'était facile!

 

 

 

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