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L’enjeu d’un bon fonctionnement exécutif ou bien comment préparer un bon café…

 

Cette semaine, nous passerons le voyage dans la "wagon restaurant". Il s'agit ici d'un vrai wagon restaurant... style Orient--Express... avec des tables et des chaises... voire des banquettes... et surtout... du café. Vous l'avez commandé, vous l'entendez couler... Vous le sentez... Et vous imaginez son goût avant même de l'avoir gouté. 

Le café est servi. Il est brûlant. En attendant qu'il refroidisse, faisons un exercice ensemble. Je vous demande de me décrire en détail toutes vos actions depuis votre réveil de ce matin… En fait non. Restreignons à une seule action. Décrivez-moi comment vous préparez votre café (sans la machine Senseo évidemment). Donc, comment vous prépareriez un café avec une cafetière italienne, par exemple. Cette tâche de préparer un café, qui nous semble vraiment anodine au demeurant, est en réalité très complexe. Tentons l’expérience et listons ensemble les différentes étapes nous permettant de préparer un café :

- Prendre la cafetière (préalablement lavée); 

- Remplir son réservoir d'eau;

- Sortir le café (en espérant qu’il en reste et que je me souvienne où je l’ai rangé);

- Remplir le récipient prévu pour le café avec le café;

- Visser les différentes parties de la cafetière ensemble;

- Poser la cafetière sur le sytème de cuisson (gaz, électricité...);

- Mettre en route le système de cuisson;

- Sortir les tasses;

- Sortir le sucre et les cuillères.

Donc, pour l'action "préparer un café", nous avons au moins 9 sous-étapes pour parvenir à notre but. Vous imaginez donc que depuis votre réveil de ce matin, le nombre de sous-étapes que vous avez dû réaliser jusqu’à la lecture de cet article, est déjà innombrable. 

Ce sont nos fonctions exécutives qui nous permettent de réaliser une action en plusieurs étapes (surtout lorsque nous la réalisons rarement). 

Les fonctions exécutives sont les fonctions qui nous permettent de mettre en place un comportement dirigé vers un but.

Cela va nécessiter :

- Premièrement, la planification du comportement : « de quoi ai-je besoin et par quoi je commence pour préparer mon café? »

 

- Puis, de faire des choix quand, par exemple, je suis interrompue dans mon action et cela à quelques sous-étapes que ce soit (si le téléphone sonne alors que je suis en train de remplir l’eau dans la cafetière : « Que dois-je faire ? Quelle décision je dois prendre ? Quelle est la priorité ? »).

Vous l'avez compris, dans cette situation, plusieurs choix s’offrent à vous : laisser sonner le téléphone et poursuivre notre action, stopper notre action et répondre au téléphone, stopper notre action et ne pas répondre aux téléphone (lorsque la sonnerie nous a déconcentré et que nous ne savons plus ce que nous devons faire) et enfin répondre au téléphone en même que nous poursuivons notre tâche (c'est ce qu'on appelle la double tâche, plus facilement réalisable lorsque les tâches à réaliser sont automatisées).

Nous sommes, là aussi, au cœur de ce qu’est le fonctionnement exécutif : réussir atteindre le cap même lorsque l'on dévie en cours de route (le téléphone qui sonne, par exemple) car après tout vous en avez terriblement envie de ce bon café !

 

- Ce sont principalement vos capacités d’inhibition qui permettent votre maintien attentionnel là où vous l’avez finalement décidé (par exemple, si j’attends un coup de fil urgent, je pose le récipient d’eau pour répondre et ce sont, là aussi, mes fonctions exécutives qui me permettront, à la fin de mon coup de fil, de reprendre mon action là où je l’ai arrêtée).

 

- Puis, finalement à la troisième sous-étapes décrite plus haut, soit « sortir le café », je m’aperçois alors qu’il n’y en a plus (" mais oui je me suis bien dis hier matin que je devais aller en acheter un nouveau paquet") et peut-être même que vos zones cérébrales émotionnelles vous amèneront la pensée suivante : « Voilà une journée qui commence mal… » car vous le savez maintenant grâce à l'expérience : votre café du matin est important pour vous... Alors que faites-vous ? Et bien cela dépendra pleinement du contexte dans lequel vous vous trouvez et surtout de vos capacités d’adaptation et de flexibilité mentale :

- il se peut que vous habitiez juste à côté de l’épicerie mais est-elle ouverte à cette heure ?

- ou bien, avez-vous une voisine généreuse et compréhensive avec laquelle vous vous entendez bien et qui pourra peut-être vous dépanner à ce moment-là (à charge de revanche bien entendu).

- ou encore, vous vous êtes presque miraculeusement souvenu que vous aviez acheté 2 paquets lors de vos dernières courses pour palier à un oubli : Youpi !) et là vous faites entrer dans la course : la capacité d'anticipation qui fait partie de la grande famille des fonctions exécutives.

 

Bien entendu, c’est le matin... et il va quand même falloir surveiller l’heure, sans vouloir vous mettre la pression…

 

Enfin, votre tâche arrive bientôt à son terme ; le café est en train de passer. Ouf ! Vous avez réussi ! Vous vous servez alors un bon café bien chaud et là vous continuez d’activer vos fonctions exécutives qui vous permettent alors d’avoir un rétro-contrôle (aussi appelé feed-back) sur l’action que vous venez de mener. Autrement dit, ce café que vous êtes maintenant en train de boire, est-il aussi bon que vous l’aviez pensé ou espéré au départ ? Vous prenez peut-être la décision d'en faire un autre un peu plus corsé demain !

 

J’espère que la préparation de ce café vous a un peu plus familiarisé avec ce que sont les fonctions exécutives.

L'expérience est maintenant terminée. Nous sommes toujours assis sur un siège du wagon-restaurant, notre tasse à café à la main. 

 

Un passager, assis à côté de nous, aimerait en savoir un peu plus sur ces fameuses fonctions et surtout sur les conséquences d'un éventuel dysfonctionnement...

Le sujet est si vaste...

 

Au niveau anatomique, les fonctions exécutives sont sous-tendues par les lobes frontaux du cerveau (qui représente environ 1/3 du cerveau), qui sont les dernières parties du cerveau à maturer au cours du développement de l’être humain.

Ce sont d’ailleurs ces compétences exécutives et de régulation comportementale que nous avons qui nous distinguent le plus du fonctionnement de l’animal.

En neuropsychologie, nous considérons les fonctions exécutives comme le chef d’orchestre de tout le fonctionnement intellectuel. Ainsi, le fonctionnement cognitif d’une personne sera beaucoup plus harmonieux si les fonctions exécutives sont opérationnelles. 

Au cours de notre vie, plus nous allons réaliser une tâche, plus celle-ci deviendra routinière et sera peu à peu complètement automatisée. Nous réalisons la tâche « en pilote automatique » et ainsi nous avons plus de disponibilité pour mettre notre attention sur autre chose, alors même que nous réalisons cette tâche (et oui, vous pouvez préparer un café tout en discutant, par exemple). Dans ce contexte où vous êtes surentrainé dans une activité particulière car vous l’avez répétée et reproduite de nombreuses fois, les fonctions exécutives (dites aussi de « haut niveau » dans notre fonctionnement cérébral) ne nous serviront quasiment pas. Elles interviendront principalement en situation de nouveauté et seront particulièrement sollicitées s’il s’agit du premier café que vous préparez ou de la première fois que vous utilisez la machine. 

 

Un autre passager insiste : « et finalement, qu'est-ce que cela entraine un trouble des fonctions exécutives? »

Une personne entre à ce moment, s'assied à nos côtés et explique que le dysfonctionnement des fonctions exécutives entraîne un trouble très très invalidant et que le trouble ne sera pas le même en fonction de l'instrument qui est touché.

 

C'est à dire, si l'on compare la fonction exécutive à un chef d'orchestre, les instruments seront : la planification, l'anticipation, l'inhibition, l'attention, la flexibilité.... Nous parlerons de désorganisation si c'est un problème de planification. Cela peut se manifester, parfois, par un manque d'initiative total (« je ne débute même pas l'action ; je n'y pense même pas ») ou quand c'est manifesté par une impulsivité et un manque de contrôle, alors c'est l'instrument "inhibition" qui est touché ; par des persévérations s'il y a un manque de flexibilité (je fonce dans l'obstacle, et je refonce et je refonce...)...

 

Alors que le train entre en gare, le passager conclue : "Enfin voilà, quand les instruments de l'orchestre symphonique se désaccordent, on parle de trouble dysexécutif et à première vue on pourrait croire que TOUS les instruments sont atteints et certains troubles miment littéralement une déficience mentale tellement ces troubles peuvent impacter l'ensemble du fonctionnement..."

 

Le soleil finit de se lever, nous avons fini notre café et descendons maintenant de ce train en soupirant...

Et dites-vous bien que nous sommes qu’au début de la journée… « What else ? »

 

 

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