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Autisme et communication

Nous sommes de nouveau ensemble pour un "voyage découverte". Nous aimerions aujourd'hui visiter à vos côtés le lien qu'entretiennent certaines personnes présentant des troubles du spectre autistique avec la communication. 

Notre train du jour va utiliser quelques aiguillages pour faire des détours du côté de la construction d'un message verbal pour mieux appréhender la complexité de l'acte de communiquer. Nous parlerons aussi de la relation au monde qui semble pour nous indissociable de la fonction de la communication. Nous voyagerons ainsi au plus près des sources des difficultés. 

 

Dans les troubles du spectre autistique, on observe systématiquement l'existence de troubles de la relation aux autres (ces troubles font parties des critères diagnostiques selon le DSM 5 « Déficits persistants dans la communication sociale et les interactions sociales dans de multiples contextes »). 

 

Ce handicap, dans le handicap est source de souffrances lorsqu'il masque l'existence des forces et des fragilités existantes. Lorsque l'entourage proche n'arrive pas à voir ses compétences et que la personne présentant des troubles n'est pas en capacité de mettre en mots ou en acte ses forces et ses fragilités, un fossé se creuse progressivement et chacun, pour protéger le précieux qu'il renferme au plus profond de lui, s'isole dans un monde qui a du sens pour lui, se renferme sur ce qui le rassure et qu'il comprend. 

Le monde est rempli de ruptures relationnelles nées de l'incompréhension des représentations de l'autre... alors lorsqu'on met un peu de handicap là-dedans, d'inconnu et de peur... le bazar le plus total fleuri et s'épanoui... Bonne nouvelle, ce n'est pas une fin en soi! Regardons de plus près...

Faisons un détour vers un article publié il y a quelques semaine et rappelons déjà la consommation monumentale d'énergie que fera la personne autiste pour tenter de décoder certains codes sociaux, ou les émotions dans une conversation. 

Un travail d'apprentissage des codes sociaux et d'identification des émotions  peut être fait auprès de professionnels formés afin de faciliter les relations sociales.

 

Ce qui peut alerter le parents sur l'existence d'un trouble du spectre autistique chez son enfant, est le retard de langage, voir son absence au profit de cris ou d'une gestuelle particulière. On dit alors que l'enfant est "non-verbal". Soulignons ici que l'enfant non-verbal n'est pas un enfant "non-communiquant". Que ce soit par des gestes ou des cris, l'enfant manifeste une intention. Il existe, il a des désirs, des élans et les communique avec ses propres moyens. A nous de les reconnaitre, de les décoder et d'en prendre soins pour aider l'enfant à perfectionner son élan de communication et soutenir le fait d'être en lien quand c'est possible.

 

Par l'application de méthodes très rigoureuses, les enfants non-verbaux, développent progressivement leur capacité à s'exprimer par des mots. Cependant, il persiste une certaine relation au langage caractéristique.

Sur un mode "réceptif" : la personne porte une faible attention au langage (ce n'est pas spontané), elle peut être indifférente aux questions qui lui sont posées (par non reconnaissance de l'intonation entre autre), et avoir des difficultés, voire une incapacité, à comprendre l'ironie, les doubles sens... le langage dit "figuré". 

Sur le versant "expressif" : on peut retrouver l'utilisation de mots inventés, des thématiques plus développées que d'autres (bien évidement il ne s'agit pas de penser  "quand il veut il peut"), une inversion des pronoms possessifs, des écholalies (quand l'enfant a une mémoire performante mais qu'il n'a pas encore développé la capacité à donner du sens). Il peut y avoir des productions sonores qui n'ont pas valeur de communications, des difficultés à initier, maintenir ou terminer une conversation (en lien avec le sens des mots, les difficultés dans le liens sociales, la reconnaissance des intonations, des attentes d'autrui et des émotions). La facilité avec laquelle la personne changera de conversation, sans tenir compte du sujet de la conversation en cours. Le discours peut également être tellement concis que l'interlocuteur n'aura pas les informations suffisantes pour répondre à la demande ou soutenir l'échange ou alors sera envahi par une quantité excessive d'informations, avec abondance de détails non pertinents. Les difficultés à s'adapter au contexte ou à l'interlocuteur sont également très courantes. Le respect des temps de parole de chacun peut aussi être problématique pour le vivre ensemble au quotidien car le "rythme spontané", la fluidité de la journée doit laisser la place à un ralentissement, à une "menstalisation" de l'organisation temporelle. 

Une des difficultés majeures de la communication verbale est la signification des mots. Pour certains, les mots prononcés resteraient une suite de sons tant qu'ils ne voient pas le mot écrit. A l'oral, le mot est invisible et en plus il disparait à l'instant où il a été prononcé. Le langage écrit reste abstrait mais les symboles persistent. Certains y seraient plus sensibles. Rendre la signification "visible" pourrait aider la construction du langage dans bien des situations, d'autant plus lorsque la personne a développé une forme de pensée concrète. Dans cette situation, il vaut mieux montrer les objets que des pictogrammes car la représentation en 2D diffère de l'objet en 3D. Le cerveau de certaines personnes vivant avec des troubles autistiques est parfois définit comme un "cerveau visuel".

 

Finalement, au prix d'une dépense énergétique parfois colossale, d'utilisation de stratégies couteuses en énergie aussi bien pour les parents, pour la fratrie que pour l'enfant concerné par le handicap, les mots sont prononcés, ils acquièrent du sens, ils se transposent petit à petit, avec l'expérience, d'un contexte à un autre. L'enfant a appris à parler. Il maîtrise de mieux en mieux le "comment" du langage. Maintenant, il s'agit d'en comprendre le pourquoi. C'est-à-dire de saisir l'intention qui structure le langage et avoir l'initiative de formuler une phrase avec un but précis... On parle de pragmatique du langage, c'est dire comment on se sert du langage, comprendre le sens en fonction du contexte. Emerveillons-nous de la complexité du langage dans la communication! Pour être efficace, le message verbal doit être construit avec des mots et une syntaxe partagés par le groupe, il doit être planifié (plus ou moins), avoir un but (informer l'autre sur ce que l'on veut ou pas, ce que l'on ressent., de préférence s'insérer dans un contexte et être adapté à la personne à qui l'on envoie le message... Si on ajoute à cette tambouille les intonations, la gestuelle et les mimiques sans oublier le feed back et le rôle social de la communication... on se trouve au milieu d'un système ultra-complexe qui se positionne au carrefour des plus intenses difficultés présentées par certaines personnes présentants un trouble du spectre autistique.

On est à la source du lien à l'autre (parler, informer et répondre donc décoder ce que l'autre attend de nous), à la racine de la flexibilité mentale (s'adapter dans un temps bref à une demande, une attente) de l'inhibition (ne pas dire la phrase prévue mais en construire une nouvelle en réponse l'attente d'autrui), au coeur de la capacité à transposer un savoir d'un "lieu" à un autre... autant dire... l'enfer... le tsunami émotionnel qui dévaste d'une seule vague des kilomètres de littoral! Explosion dans le comportement ou inhibition complète de toutes ses richesses par manque d'outil pour les partager...

 

Les troubles du spectre autistique font partis des troubles développementaux. Les difficultés d'expressions, d'association, de flexibilité trouveraient leurs origines dans le fonctionnement cérébral, dans la façon dont les zones cérébrales sont connectées entre elles et dans la qualité des liaisons. Une zone spécifique peut présenter un nombre satisfaisant voire important de connexions alors que deux zones éloignées peuvent présenter un déficit de connexions entre elle. Ces particularités développementales auraient des répercussions sur la capacité à faire des liens entre ce qui est perçu et ce qui est déjà connu, sur le fait d'intégrer une information isolée de son contexte par exemple. Voilà pourquoi le langage peut parfois aussi apparaître si pauvre. Les personne TSA peuvent avoir des difficultés à aller chercher l'expérience connue en mémoire par rapport à la situation qu'elles sont en train de vivre ou pour répondre à la question qu'on leur pose... Il peut alors y avoir beaucoup de "je sais pas" pour certains. Ces "je ne sais pas", sont une réponse automatique pour "sauver les apparences" lorsqu'elles sont confrontées à une difficulté, voir une sidération dans le processus de pensée. 

 

Il apparait donc clairement que les enfants TSA non-verbaux ont besoin d'aide pour accéder au verbe puis les enfants TSA verbaux ont besoin d'accompagnement pour développer leur langage (le stock lexical et son utilisation dans différents contextes) et également leur façon de communiquer avec les autres. 

 

Par "besoin d'aide", "accompagnement" on entend la reconnaissance de la capacité à communiquer au-delà des mots, la prise en compte des capacités créatives quand l'enfant s'est inventé son propre langage. Le respect du temps et de l'espace dont il a besoin pour être en lien. Nous insistons encore une fois sur le respect du temps dont la personne TSA a besoin pour traiter l'information qu'elle reçoit en directe. Produire une réponse, qu'elle soit verbale ou comportementale, demande du temps, et peut être produite en léger différé par rapport au rythme de la conversation. La complexité de l'hypersensibilité et la douleur parfois de l'hypersensorialité. La place centrale de la famille, experte d'une communication si différente, fragile et sensible. Familles aimantes, adaptables, créatives et énergiques au-delà de toutes les limites qu'elles imaginaient jusque là. Humblement, nous ferons notre place à vos côtés et aux côtés de bien d'autres professionnels pour vous accompagner sur l'ascension des pentes de la communication. Votre savoir sur les sensibilités de votre proche et sur ses compétences fondamentales nous permettrons d'élaborer avec vous l'accompagnement de votre enfant dans l'acquisition des habilités sociales.

 

Le dessin utilisé pour illustrer cet article a été pris sur le site http://psycho2rue.fr nous n'avons pas réussi à joindre la propriétaire du site pour lui demander l'autorisation d'exploiter son dessin, alors si elle passe par là et que cette utilisation la dérange, nous l'enlèverons bien entendu.  Merci à tous. 

 

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